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Ayahuasca 4

 
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Heero Otegawa
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MessagePosté le: Mer 27 Oct - 14:09 (2010)    Sujet du message: Ayahuasca 4 Répondre en citant

AYAHUASCA
Expériences personnelles : quelques témoignages

 
l'ayahuasca
ou le pouvoir de
la connaissance  

Pour clore cette analyse qui n'a pas l'ambition d'être exhaustive mais plutôt de donner aux lecteurs un aperçu le plus général possible, voici enfin quelques témoignages personnels afin d'illustrer le genre de vision et d'émotion que l'on peut éprouver sous l'emprise de l'ivresse du Yage. Nous nous contenterons de mettre en garde l’amateur de sensations fortes. Il risque soit d'être déçu, soit d'être fort malmené s'il fait l'expérience de la plante sans un encadrement compétent et sans une motivation autre que simplement ludique.
Témoignage de LW lors des rituels organisés en petits comités par « Friends of the Forest » dans un village à proximité d'Amsterdam. Des rituels proche de ce que peut offrir l'église du Santo Daime mais avec un cadre plus souple, plus «laxiste».

Témoignage de Karmatoo lors d’un rituel organisé par l’église du Santo Daime.


La conscience fractale de Sabrina (Santo Daime)
 

LW "Je bus mes doses, je crois avec un certain courage car il faut bien me jeter quelque fleurs. J'avais peur car j'avais déjà eu des expériences assez désagréables… L'Ahyahuasca me rendait opiniâtre et courageux, car ne pouvant résister à son appel, il me plaçait devant mes peurs que je devais les regarder en face à défaut de pouvoir les dépasser. Au plus l ‘Ayahuasca montait et m'ennivrait, au plus je perdais le contrôle de mon corps… Pour essayer de m'occuper la tête complètement pulvérisée par des visions incompréhensibles, des schémas géométriques, un monde complexes et intérieurs, je me mis à accompagner les chants avec mon instrument de percussion. J'eus alors la vision que cet instrument était une excroissance de mon ventre, que le Djembé était une excroissance musculaire de mon corps. Etais-je en bois ou était-ce le djembé qui était fait de chair? Je me souviens que cette question me préoccupa un bon moment. J'avais peur de devenir du bois et de ne plus pouvoir respirer. Cela faisait très mal. J'avais l'impression d'étouffer. Et en même temps, je respirais profondément … Je voyais des formes abstraites qui ressemblaient à des cellules en division, des échanges de liquides, de la chair mais vue au microscope. Et puis, il y avait ces énormes mains, ces immenses forces qui me pétrissaient le corps par zones successives. L'inconfort était tel, l'angoisse devint si massive qu'à un moment, je voulus mourir. Mourir pour de vrai…Puis, une voix me dit: Meurs, meurs alors. Mais comment? Regardes, observes-toi, tu es déjà en train de mourir me répondit la voix. Aussitôt, je me dédoublai. Je m'aperçus en fait que je m'étais déjà dédoublé. Pas dans le sens d'une décorporation comme on le voit dans les mauvais films ou dans la littérature sur la NDE ou le décédé, en sortie astrale, voit son corps du haut de la pièce. Non, je me dédoublai à l'intérieur de moi. Je percevais ma conscience comme un centre, une sorte de point gros comme un petit pois et autour de laquelle s'animaient mon corps et mes douleurs. Ce corps et cette douleur étaient un paquet de chairs, de cellules, de lumières, d'échanges d'énergie et de figures géométriques abstraites en constante mutation. Cette séparation, ce dédoublement presque schizophrénique me soulagea grandement. J'avais trouvé un espace de paix et de sérénité d'où je pouvais contempler le désastre. J'en éprouvais même une certaine fierté et une sorte de béatitude, d'extase, de soulagement intense à l'image d'une purge. Je me souviens enfin que je me suis laissé aller à d'intenses remerciements à je ne sais quelle divinité. … Après un moment qui sembla durer une éternité, je sortis assez brutalement de la contemplation de ce très mauvais moment. Je me sentais parfaitement bien. Je m'assis et ouvris les yeux. Le spectacle qui s'offrit à mon regard me stupéfia tant il dépassa le cadre de ce à quoi je m'attendais. J'étais dans une grotte. J'étais moi même et en même temps quelqu'un d'autre. J'avais l'impression d'être moi-même et d'être en même temps un enfant, en tous les cas une créature assez jeune. Au centre de cette grotte de dimensions réduites, il y avait un feu qui brûlait ou plutôt, une chaude lumière qui ressemblait à un feu mais qui n'en était pas vraiment un. En face de moi, assis sur un banc de pierre creusé soigneusement dans les parois circulaires de la grottes, il y avait cinq ou six personnes. C était ma famille. Pas ma famille d'ici, de ce monde terrestres que je connais. Non. Une autre famille. Elle avait des noms mais je ne m'en souviens plus. La grotte était percée d'ouvertures à partir desquelles on devinait un ciel étoilé et parfumé. L'ambiance était chaleureuse. A mon sens, j'étais dans un autre univers, sur une autre planète. J'avais devant moi des êtres humanoïdes mais de tailles beaucoup plus réduites, avec des traits, des visages indéfinissables. Je me retrouvais projeté dans un monde de conte de fée. Et pourtant, je peux vous assurer que tout cela était foutrement réel. Ces êtres, des hommes et des femmes étaient vêtus de robes en tissu grossier avec des capuchons et on devinait, sous le capuchons des sourires confiants qui me disaient: Ah tu perçois enfin que tu es là. Tu es enfin de retour? En moi naquit un très léger sentiment de culpabilité et un autre, plus massif de bien être et de nostalgie. J'avais une curieuse impression d'être à la maison. Et en même temps, une instance en moi même analysait la scène avec un certain détachement, m'envoyant l'information que j'étais à la fois dans cet univers et ailleurs, qu'il s agissait de moi et de quelqu'un d'autre, venu à la fois du passé, du présent et de l'avenir. Diablement complexe comme sensation. Les mots ne permettent pas de la cerner. Dans cet univers féerique, tout était calme, serein. Plus primitif aussi. Une sorte de civilisation troglodyte. Mais le plus étonnant est la façon dont le temps s'écoulait. Le temps s'écoulait certes mais d'une toute autre manière qu'ici bas, dans notre réalité terrestre. Dans la peau de cet enfant, je vivais avec bonheur la très nette sensation que le passé, le présent et l'avenir ne faisait qu'Un. Je voyageais dans le temps et en même temps, j'étais figé dans une éternité en perpétuel changement. Inexprimable. De ce fait, je me rendis compte que ma pensée s'exprimait d'une autre façon. Comment expliquer cela sans passer par une certaine forme de logique? Dans notre réalité quotidienne, nous ne nous rendons pas compte de la manière dont notre pensée s'articule, se forme puisqu'il s'agit de notre état perpétuel, naturel. Suite à cette projection dans cet autre univers, j'ai ressenti avec beaucoup de précision le contraste entre la façon dont ma pensée s'articulait là bas et ici. Je sens déjà d'ici les réticences. Si l'expérience fut pour moi réelle, elle relève pour d'autres d'une forme de psychose bien lourde, bref d'une belle défonce. Et pourtant. En étant projeté dans un autre ressenti temporel, j'ai vu que notre pensée, ici-bas était éminemment conditionnée, modelée par l'expérience du temps. Le temps est élastique, complètement relatif mais se vit comme une chose linéaire. Par conséquent, notre pensée s'articule de façon linéaire. Un peu comme si notre conscience devait s'engouffrer dans un tunnel étroit, celui du temps dans lequel nous formerions et croiserions des bulles de pensées compactes faites de joies, de douleurs, de pensées réflexes, de sentiments instinctifs, de boules de peurs et de névroses, de jugements, de réflexions logiques. Il n'y aurait jamais rien de véritablement épanoui dans toutes les dimensions car les contraintes du temps nous obligent de passer d'une pensée à l'autre un peu comme un métro le ferait en cahotant d'une station à l'autre, agrafé sur son long ruban d'énergie électrique. Hors du temps, la pensée s'épanouit à l'infini, dans toutes les dimensions, en une seule chose, unique qui contient toutes les pensées, où tout est important et tout est dérisoire à la fois. Une sorte de plénitude qui permet à la conscience d'expérimenter le temps et la pensée d'une façon plus humaine car les émotions subsistent. Une légère sensation que le temps passe, subsiste également mais cette sensation n a guère d importance. Je ne dirais pas que cet univers était dénué de menaces. Lorsque j'y fus projeté, malgré la paix qui y régnait, je me souviens que j'avais capté une drôle d impression, comme celle d'une menace imminente, d'un cataclysme qui venait de se produire ou qui allait se produire. Je me rappelle que cette civilisation était marquée par une résignation au cataclysme, au séisme, à l'Armagédon. Les drôles de personnages que j'avais en face de moi, avec leur robe et leur capuchon étaient des êtres sages et résignés; comme abonnés à une menace qui cycliquement se déchaînait. D'où je sortais ce genre d informations? De la mémoire dont je disposais à ce moment là de l'expérience et que je pouvais analyser avec ma conscience d'ici et de là-bas. Aussi brutalement que j'étais venu, je fus à nouveau projeté dans notre monde. Ce fut une expérience assez douloureuse car j'eus l'impression de m'intégrer dans quelque chose de très étroit, de terriblement contraignant et primitif. C'était tout simplement notre monde et cela faisait un mal de chien car toute pensée nécessitait une dépense d'énergie absolument remarquable dont nous ne nous rendons pas compte est du moins la réflexion qui me vint à l'esprit à cet instant de l'expérience. Après la phase d'adaptation un peu douloureuse, je fus content de retrouver le visage familier de mes compagnons de rituels: Drew à ma droite, Harry, Yatra et Arnold à ma gauche. Ils inquiétaient également pour moi. De toute évidence, j'étais très agité. Plus tard, on me raconta que j'avais fait la brasse durant des heures, couché sur mon matelas, que je me convulsais en tout sens et que l'on avait peur que je ne me blesse Je fermai un instant les yeux. Je fus à nouveau propulsé dans des visions géométriques puis en rouvrant les yeux après un temps tout à fait incertain, j'émergeai dans un univers à nouveau inconnu. Le souvenir que j'en éprouve est plus flou. J'ai vu une pièce avance des meubles, des tables, des chaises. Le design était assez vieillot et en même temps, ne ressemblait pas à ce que je connaissais. Je ressentais la présence d'une certaine forme de technologie mais cela ressemblait plus au monde tel qu'on pouvait le trouver au début du siècle sans toutefois être cet univers technologique là. Là également, la pensée s'articulait de façon différente car le temps s'écoulait aussi de façon différente. L'adaptation fut laborieuse, suscitant ce que je pris d'abord pour des migraines. En fait, c'était comme si ma conscience se trouvait tordue, comprimée comme une éponge que l'on essore. L'adaptation se passe au moment où l éponge reprend sa forme initiale. Malgré la douleur, je commençai à trouver l'expérience amusante. Nouvelle et profonde inspiration, un voile se déchire avec un léger bruit, une sorte de sifflement et hop, me revoilà parti vers autre chose. Nouvelle phase de réadaptation de mon cerveau. J'ai vraiment l'impression que ma tête est pareille à un pied et doit rentrer dans une chaussure trop étroite. Puis j'ouvre les yeux et hop, me revoilà dans mon univers précédent, celui avec les nains encapuchonnés. Nouvelle respiration, je me retrouve avec Yatra et les autres, respiration et je suis projeté dans l'univers à la technologie passéiste. Cela devient un manège véritablement infernal. Il y eut un moment où je me mis à sérieusement paniquer: pareil à un amnésique, je me demandais, d'où diable je provenais en vérité, quel était le monde initial d où ma conscience s'était projetée au départ. Avec le jeu classique des questions réponses de l'Ayahuasca, une voix me força à prendre conscience que cela n'avait pas vraiment beaucoup d'importance et que ce qui comptait c'était ma faculté d'adaptation d'un niveau de conscience à l'autre. On me fit également comprendre que je pouvais envisager de manière cohérente le fait que je vivais en fait ces trois vies en même temps, qu'une sorte de super esprit correspondant à ma ma conscience avait matérialisé trois ego différents dans trois univers différents afin d'accélérer le processus d'accumulation de données et de maturation de l'âme. Je trouvai l'idée un peu perturbante, un rien saugrenue et je me souviens aussi que j'eus peur qu'il exista des interactions entre ces trois échos partagés dans trois univers différents. Enfin, je me suis aussi demandé si je ne risquais pas des formes de dépersonnalisation, de possession en me mélangeant allègrement les trois ego…. Cela prit plusieurs heures avant que le trip prenne fin en douceur, les hallucinations et les émotions bizarres devenant de moins en moins intense. Je me suis demandé les jours qui ont suivi si ces perceptions étaient réelles, importantes, si ce que j'avais ressenti était quelque chose de concret. Puis, par après, je me suis dis que cela n'avait pas vraiment une grande importance. … Les autres rituels auxquels je participai me firent vivre des choses encore radicalement différente, toujours très intense et jamais très amusante…." L.W.

Le témoignage suivant est issu d'expériences vécues par karmatoo au sein de l'Eglise du Santo Daime :
 
Officiantes du Santo Daime au Mapia (Brésil)  
Karmatoo "C'est difficile pour moi d'exprimer ce que j'ai vécu par l'Ayahuasca. Intuitivement je qualifierais ces expériences de sauts dans l'inconnu de mon être mais dans le fond cela ne veut pas dire grand-chose. Ce que je peux affirmer avec certitude suite à cette expérience magique tient en peu de mots : je ne connais pas grand-chose, ni de moi-même, ni de quoi que ce soit d'autre.
Mes rencontres avec l'Ayahuasca se sont déroulées quelque part en Europe, dans le cadre du Santo Daime, un groupement religieux d'origine brésilienne et d'obédience chrétienne.


Il faisait un froid de chien pour mon premier rituel -qui se pratiquait dans une grange perdue en pleine campagne et sans chauffage- et je me demandais vraiment ce qui m'avait poussé à tenter cette expérience qui me plaçait dans une position inconfortable, tiraillé entre la peur et le désir de transcendance. Encadré par les adeptes "purs et durs" du culte j'ai bu mon verre de Daime, prié la Vierge Marie, chanté -j'aime le croire- en portugais durant plus de quatre heures et rien ne s'est « passé ». Rassuré, déçu et éreinté, je suis rentré chez moi, certain de ne pas recommencer cette laborieuse initiation.
Bon, évidemment j'y suis retourné mais je ne me sentais pas vraiment en phase avec les pratiquants du Daime. Chapelets, symboles ésotériques mystérieux, photographies du Padrinho -le « gourou » brésilien- cristaux et encens ; j'avais la désagréable impression de m'être immergé dans une secte dont la plupart des adeptes me paraissaient froids, distants malgré les sourires et surtout strictement attachés à une étiquette qui semblait sortir d'une époque révolue. Pas question ici de prendre sa dose de psychotrope et de se caler tranquillement sur un futon dans une pénombre propice aux voyages psychédéliques. Non rien de tout ça. Il faut danser -trois pas à gauche, trois pas à droite- en groupe : les hommes d'un côté, les femme de l'autre. Chemise blanche et pantalon bleu (jupe plissée pour les femmes) de rigueur, il faut prier encore et encore, chanter un nombre incalculable de « balades » brésiliennes qui parlent d'amour, de lumière et surtout de travail.
Fatigué, je ferme les yeux. Des serpents s'affichent sur l'écran noir de ma conscience. Impossible de les éviter, les faire disparaître, ils s'imposent à moi comme des gardiens magnifiques. Leurs écailles resplendissent de couleurs iridescentes et il me semble, enfin, je suis absolument certain qu'une seule de ces écailles a déjà infiniment plus de conscience que moi. Les boas disparaissent et d'autres serpents, plus petits, s'enlacent et s'agencent en d'étranges figures qui m'évoquent des nœuds ou des frises celtiques. Je ne comprends pas ce qui se passe et une étrange sensation m'envahit car je perçois clairement que ces visions qui se déroulent devant moi sont des messages destinés à une partie de moi qui m'est totalement inconnue et absolument hors de contrôle.

Un anneau serti de serpents dorés en suspension dans le vide se fige et s'adresse à « moi » : « Te souviens-tu de l'Alliance ? ». Je m'effondre en sanglots que je ne peux contenir car même si je n'y entends rien, l'autre, l'étranger qui dort en moi sait que j'ai oublié l'inoubliable. Vidé de mes larmes, une voix intérieure me berce et me demande bizarrement si je sais ce qu'est une fleur. Elle me demande d'ouvrir les yeux et d'observer l'orchidée sur la table. Je la regarde. Une onde se déploie autour d'elle et se dilate pour me submerger d'amour à l'état pur. « C'est ça une fleur » m'explique la voix « tu passes ta vie devant les orchidées sans les voir ». La pression monte dans ma poitrine. J'essaye en vain de la contenir. Les chants me rappellent à l'ordre et je m'y accroche péniblement pour ne pas sombrer dans le torrent de couleurs qui m'assaille. Tout mon être est sous l'emprise d'une vibration qui me parcourt dans tous les sens, la mort est à côté de moi et je n'ai rien à lui offrir si ce n'est le vide d'une existence sans consistance. Pas maintenant, je ne veux pas mourir dans ma nullité. Je ne sais pas prier alors je supplie avec mes regrets et mes peurs qui enflent lourdement pour ne pas mourir ce soir. Mon interlocuteur invisible me parle à nouveau, me suggère d'effectuer une série de mouvements pour dissiper ma tension. Il me guide, pose « ses » mains autour de mon visage et le tourne vers la gauche. Je n'entend plus un son. Seul avec moi-même j'émerge dans une pièce sobre et vide. Les murs sont blancs, des vitraux romans s'élancent vers le plafond liquide qui ondule calmement : je suis chez moi.
Un nouveau verre de Daime : c'est amer et c'est à peine si mon estomac le supporte mais je me sens divinement bien. J'ose à peine imaginer le sourire abruti qui doit stupidement s'afficher sur mon visage. « Je suppose que tu imagines vivre l'extase » reprend la voix qui décidemment ne me lâche pas, « en réalité ce n'est qu'une masturbation de l'esprit » poursuit-elle. « Ouvre les yeux ! ». Je regarde autour de moi et c'est à peine si j'avais remarqué les « autres ». La grange est inondée de lumière blanche. Chacun des participants est entouré d'un halo blanchâtre connecté aux autres par des filaments luminescents. C'est la fin de la session. On s'embrasse les uns les autres, provisoirement libérés du carcan des convenances et du jugement.
Ce « travail », comme aiment l’appeler les adeptes du Daime, est celui qui a été le plus signifiant pour moi mais il y en a eu d’autres moins faciles, plus obscurs et ce n'est rien de le dire. Au-delà des visions ces sessions m’ont apporté une perception très claire et sans complaisance de certains côtés de ma personnalité, des incroyables circonvolutions de mon ego, de cette suite sans fin d’aveuglements de moi-même toujours à l’affût de reconnaissance et de pouvoir.
Que dire encore sinon que, même si j’ai beaucoup de respect et d’admiration
pour le travail des pratiquants de l’église du Santo Daime, j’ai toujours participé de manière informelle et non suivie aux rituels car il est inconcevable pour moi d’entretenir une relation de dépendance spirituelle envers une plante, aussi magique soit-elle."

Karmatoo
 
Sabrina Je ne sais plus très bien comment cela a commencé. D'abord il y avait les gens, la cérémonie, les fleurs, les chants, les costumes, les représentations de la Vierge, tout un protocole. Ma peur aussi, celle de découvrir je ne sais quoi ou je ne sais qui, mais mon attention fixée par ces curiosités me permit assez vite d'apaiser mes angoisses.
La première gorgée. Je regarde l'ensemble de mes convives, je les scrute, toutes ces personnalités réunies autour de cette même plante me fascinent. Lentement les effets se font sentir, une liane s'empare doucement de mes sens, je la vois et la sens monter en moi comme autour d'un arbre, elle s'agrippe, la douceur de sa force est digne de celle d'une mère, je me soumets à son autorité, tant bien que mal, je lâche enfin prise.
Je me sens bien, doucement quelque chose s'ouvre en moi, j'ouvre les yeux, de nouveaux ces gens, je les perçois plus que par mes yeux, dans leurs tripes, du tréfonds de leurs êtres, comme moi, n'appellent qu'une seule chose, l'amour. Un besoin fondamental d'aimer et d'être aimé.
Je les aime de tout mon être, je suis eux et ils sont moi, certains échanges de regards me laissent penser que je ne suis pas seule à volontairement générer cette énergie qui apaise.
Soudain, on frappe à ma porte. A force d'épier les autres, j'avais fini par m'oublier. Moi qui à cet instant ne croyais être qu'amour...
Me voici rappelée avec une telle violence en moi que, très vite, je réalise que depuis un nombre indéfini de temps je joue à aimer les autres pour mieux me fuir.



Les miroirs multiples de ma conscience défragmentée se désintègrent. Les reflets erronés de ma conception se dévoilent à moi. À moi, à cette partie de moi-même qui s'efforce quotidiennement de me maintenir loin de cette réalité.
Les parcelles de mon ego de dessinent une à une devant mes yeux. Je suis faite d'autant de couches qu'il peut exister de mensonges. Mes angoisses, jusqu’alors restées à l'état de sensations physiques, s'accentuent, prennent forme, elles s’émancipent du sens que je leur donne et me narguent. Les chaînes qui les maintenaient à mes entrailles, celles-là même qui me faisaient les nier, et me méprendre sur mes souffrances, viennent de rompre. Il semble que d'après l'échelle de valeur de nos esprits viciés et malades, certaines souffrances valent mieux que d'autres. Je découvre que j'agis selon une image créée de toutes pièces. C’est insoutenable, je lutte et refuse d'admettre ce qui est en train d'éclore. Je fuis, encore. Je crée une somme incommensurable de choses insignifiantes auxquelles penser. Mais chacune d'entre elles devient une porte insoupçonnée sur d'autres découvertes effroyables. Ainsi, cette partie de moi qui un jour à pris le dessus sur ma volonté, modèle, crée et défait à sa guise ce qui lui sied le mieux afin de maintenir ma conscience atrophiée. J'abandonne. Je laisse ces démons agir, je leur permets de danser devant mes yeux, bal macabre des branches torturées de mon esprit.
Je m'apitoies devant un tel désastre. Moi qui croyais, moi qui croyais... Je lâche prise de nouveau.
Les larmes me viennent, ma souffrance est telle qu'il me semble que jamais je ne m'arrêterai de pleurer. Une partie de moi me regarde en train de morver devant ce pathétique tableau dont je suis seule responsable. Une autre partie encore, nous regarde toutes, chacune d'entre elles en génère dix autres. Je me sens fractale, laquelle d'entre vous est moi? Je ne suis plus. Jamais je ne fus.
Je découvre alors que je ne sais rien, ni du monde ni de moi, que je me méprends à n'en plus finir.
Je m'accroche plus que jamais à mes certitudes, chacune d'entre elles me révèle à ma supercherie. Je me sens grotesque et insignifiante face à l'étendue de mon ignorance.
Je prends subitement conscience de mes pires vices, des machiavéliques stratagèmes que je suis capable de mettre en place pour me maintenir et me conforter dans mon égoïsme.


Les larmes coulent à torrent sur mes joues. Elles me lavent de ma tristesse et de l'ensemble des frustrations qu'elle engendre. Bientôt, je ne sais plus pourquoi je pleure, désormais je ressens la souffrance du monde, je pleure encore et toujours, mais pour d'autres cette fois. Je suis en vie, liée jusqu'a ma mort à ce besoin de l'être. Quelqu'un attrape mon bras, je peine à me lever et à rester sur mes jambes. Je bois, retourne à ma chaise et frissonne. J'acquiesce de la tête à ce discours sans parole venu d'ailleurs qui s'immisce en moi. Les mots, aussi durs soient-ils, sont comme autant de caresses dans mes entrailles. C'est elle encore, cette femme capable des pires sanctions qui maintenant ironise à mes côtés et, doucement, vient sécher mes larmes. Elle susurre à mon esprit d'innombrables choses qu'elle me somme de ne jamais oublier. Mes sanglots sont ceux d'un enfant. Recroquevillée sur moi-même comme dans le ventre de ma mère, mes spasmes cessent peu à peu. Je refais surface, je prends à nouveau conscience des gens qui m'entourent, ils chantent, cela me fait du bien. Je m'empare de leur joie de vivre et me laisse porter par l'incroyable beauté de ces chants. Je capte à l'infini ce qui nous est donné de meilleur à vivre dans ce monde. Je chante pour eux, enfin j'essaie. Je vois de leur corps jaillir mille couleurs, chacun de nous est relié aux autres par le plexus. De ce point afflux l'énergie de nos vies et inonde nos coeurs. Voilà ce qu'il m'est offert à voir, je sais à cet instant que jamais je ne revivrai pareil moment. La plante me fait un cadeau, je le sais, et le savoure. Devant moi l'indescriptible spectacle des énergies vitales en mouvement. Soudain, je perçois que les emplacements qui nous furent donnés au début de cette cérémonie n'avaient rien d'hasardeux, les relations de pouvoir inhérentes à ce groupe m'apparaissent très clairement. J'entends les jugements dont moi et mes comparses non engagés dans ce culte sont sujets. Je sais maintenant que c'est la dernière fois que je rencontrerai la plante aux côtés de ces gens. Je sais aussi que quelles que soient leurs croyances, une fois la plante ingérée c'est elle qui prédomine, leur jugement ne me blesse en aucun cas.
De nouveau la lumière, une explosion de couleur d'une intensité difficilement exprimable.
Ma perception s'accentue et s'affinera jusqu'au paroxysme à partir duquel l'ensemble de ce que je viens de vivre se condensera en un point de ma conscience et s'en retournera se mêler à la conscience collective. Je pleure encore, les chants cessent, soudain des applaudissements, les gens sortent de leur torpeur respective et s'embrassent les uns les autres. C'est la fin, il est temps maintenant de revenir au cours normal de ma vie. Sabrina



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MessagePosté le: Mer 27 Oct - 14:09 (2010)    Sujet du message: Publicité

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